Thursday, 5 November 2015

Morning Report - French Translation

Le rapport matinal 

Out Tuesday 3 November, 2015

Le Ranch de la Vache Perdue, tome 1

Dix ans se sont écoulés depuis leur tout premier baiser, et Luke Murray est chaque jour plus amoureux de Simon. Dirigeant en tandem La Vache Perdue pour le compte des parents de Luke, les deux hommes gardent profil bas et restent en bonne intelligence avec les habitants du pays, même si Luke conserve sa réputation de tête brûlée. Puis, un fameux matin, ils se heurtent au refus des commerçants du coin de continuer à les servir…

Ils sont plongés dans un abîme de perplexité – jusqu’à ce que la mère de Luke, Pamela, leur apprenne que le nouveau pasteur a fait de leur couple l’exemple même de l’iniquité dans ses sermons haineux. Et, du jour au lendemain, voilà que Luke et Simon se retrouvent aliénés par ceux-là même qu’ils considéraient comme leurs amis, tandis que leur ranch essuie une série d’attaques. Et alors que la ville toute entière prend fait et cause contre eux, dans un flamboiement de haine et d’homophobie galopantes, Luke et Simon vont devoir affronter un dilemme cornélien : plier devant l’hostilité de toute une ville et disparaître, ou bien tenir bon et lutter pour défendre leur amour.

Lutter pour survivre…

Excerpt:

SON BAILLEMENT le prit par surprise. Luke s’étira, bras tendus, et roula des épaules, tâchant d’assouplir des muscles dorsaux trop tendus après trois heures passées devant l’ordinateur. S’il bâillait déjà à neuf heures du matin, c’est qu’il était temps d’arrêter. Il plissa le front devant l’écran. Les feuilles de calcul étaient complétées et les comptes pratiquement à jour. Encore une demi-heure, et tout serait bouclé.

Il jeta un regard languissant par la fenêtre. Aux premiers mois de l’année, il fallait s’habiller de pulls à manches longues dès le matin. Le contremaître du ranch allait bientôt arriver pour faire son rapport matinal en savourant le soleil du petit matin avant que la chaleur ne monte, accablante, et gâche tous les plaisirs de la journée.

Luke fit la moue devant son ordinateur – même s’il n’y avait personne pour le voir. Il aurait préféré être au grand air de bon matin, à chevaucher Lulu, et à inspirer de grandes bouffées d’air vivifiant, en humant le doux parfum de l’herbe, au lieu d’être scotché à son écran d’ordinateur. Il était un cow-boy, bon sang, pas un satané gratte-papier !

— Si tu n’y prends pas garde, tu vas rester figé ainsi, à faire éternellement la grimace.

— C’est sur ce siège que je serai enchaîné éternellement ! répondit-il, morose.

Il pivota face à son contremaître qui lui souriait par la fenêtre ouverte. Comme toujours, ses cheveux souples, de couleur foncée, lui retombaient sur les yeux. Luke repoussa la tentation de se lever et d’aller lui dégager le front afin de voir ses grands yeux bleu océan où dansait une petite lueur espiègle.

— Pas encore fini ?

Simon compatit, sachant combien Luke détestait rester cloîtré entre quatre murs à faire les comptes.

Celui-ci se frotta la nuque.

— Encore une demi-heure, je pense, je viens juste de terminer le plus gros.

Il refit la grimace.

— La barrière tient toujours debout ?

Simon hocha la tête.

— Plus pour très longtemps, ceci dit. Si nous passions à notre entrevue matinale ? Ensuite, je préparerai le petit-déjeuner, le temps que tu termines. Il faudra qu’on aille en ville s’occuper du fourrage avant l’arrivée de Lil et des nouvelles têtes de bétail.

— Ça me semble raisonnable. Je te retrouve au bureau ?

— Donne-moi cinq minutes le temps de filer le bébé à Chuck, et je serai là, promit le contremaître.

Vérifiant d’un coup d’œil que Simon ne le regardait plus par la fenêtre, Luke lui tira la langue. De bien meilleure humeur, il sourit de toutes ses dents en se rendant au ‘bureau’. C’était l’heure de sa récompense.





VOILÀ DIX ans qu’il connaissait Simon, et plus de cinq ans qu’ils dirigeaient conjointement le ranch. Officiellement, le ranch appartenait toujours à son père, mais tous deux savaient que ce n’était qu’une question de temps avant que le vieil homme ne leur cède le titre de propriété. Le frère aîné de Luke ne s’intéressait nullement à l’élevage en ranch, et leur sœur était toujours à l’université. L’un et l’autre n’avaient élevé aucune objection à l’idée que Luke prenne la relève. Leurs parents vivaient à la périphérie du ranch, plus près de la ville.

Simon avait été le compagnon de chambrée de Luke à l’université. Il leur avait fallu à peu près cinq minutes, à l’un comme à l’autre, pour se rendre compte qu’ils étaient amis pour la vie. Et un peu plus longtemps à Luke pour confesser son orientation sexuelle. Être instantanément pote avec un type, c’était une chose, mais il venait de la campagne, d’une région où la Bible était enracinée dans les mentalités, et il n’était pas stupide… sauf quand il était ivre.

Il s’était avéré que Simon aussi avait ses petits secrets. Il avait fallu un mois entier, trop de bière bon marché, une agression homophobe et un Luke assez idiot pour découvrir ce que lui, Simon, avait voulu lui cacher. Simon avait dû trainer Luke hors du bar, un soir, avant qu’ils ne se retrouvent tous deux mis aux arrêts pour voies de fait, et Simon en particulier pour consommation d’alcool par un mineur – il n’avait en réalité que dix-huit ans, même s’il en paraissait plus. Quand il buvait, Luke était une vraie tête brûlée, et il s’énervait tellement qu’il aurait volontiers aggravé son cas si Simon ne l’avait retenu. Ayant grandi dans un ranch, Luke était d’un physique maigre et nerveux. Comparé à lui, Simon avait tout l’air d’un doux brin d’herbe, souple et tendre, mais il avait l’avantage de la taille – ce dont il avait pleinement tiré avantage ce soir-là en repoussant Luke contre un mur, au-dehors, en lui serrant les poignets contre la brique rêche, et en le dominant de toute sa hauteur jusqu’à ce qu’il se calme. Se débattant, Luke avait craché des insanités à Simon, furieux de ne pouvoir flanquer une raclée au type qui avait osé les traiter de tarlouzes, alors qu’ils buvaient tranquillement un verre dans un coin.

Simon avait empêché Luke de proférer des paroles qu’ils auraient tous deux regrettées. Il l’en avait empêché de la seule manière possible, en l’écrasant contre le mur de brique et en lui léchant les lèvres.

En les lui léchant.

— Boucle-la un peu, bon sang ! avait-il soupiré en se penchant vers lui pour l’embrasser.

Luke se remémorait encore ce goût de coca et d’ailes de poulet tandis que Simon avait envahi sa bouche dans le plus doux baiser qu’il eût jamais connu. Luke avait quatre ans de plus que Simon. Son père étant malade, il avait retardé son entrée à l’université et, lors de sa première année, il s’était fait l’effet d’un vieil homme en comparaison des gamins tout frais émoulus du lycée. Simon était différent ; il paraissait plus âgé. Lui qui n’avait que dix-huit ans à l’époque, la vie avait déjà forgé son caractère. Luke n’en était pas à son premier baiser, mais rien ne l’avait préparé à semblable expérience. Quand leur baiser avait pris fin, il avait compris que ce garçon était celui avec lequel il voulait passer le restant de sa vie. Le choc l’avait réduit au silence plus efficacement que le baiser lui-même.

À la fin de la soirée, il avait découvert que Simon ressentait les mêmes émois, et quand Luke était revenu au ranch La Vache Perdue à la fin de ses études universitaires, il était inévitable que Simon le suive. Ses parents avaient réagi à l’arrivée de Simon comme ils avaient réagi à l’aveu de leur fils quand il leur avait annoncé qu’il était gay : ils avaient embrassé et serré les deux garçons dans leurs bras, en leur recommandant de s’occuper de leurs affaires. Conseil que, pour l’essentiel, Luke et Simon avaient suivi. La main-d’œuvre savait, bien évidemment. Elle était au courant de tout. Les travailleurs à qui cela avait posé problème avaient rapidement quitté le ranch, et ceux qui étaient restés la bouclaient soigneusement.

Dix années s’étaient écoulées, et Luke avait encore du mal à croire qu’il ait eu la chance de trouver quelqu’un avec qui il désirait passer chaque jour, chaque instant de sa vie. À la force du poignet, Simon s’était élevé au rang de contremaître, et Luke et lui se partageaient les responsabilités de la gestion du ranch.

Tous deux avaient rapidement déterminé que Luke était beaucoup moins grognon lorsqu’il se débarrassait des tâches administratives tôt le matin, ce qui lui laissait le restant de la journée pour s’occuper du ranch et être un cow-boy au grand air, aux côtés de la main-d’œuvre. Raison pour laquelle la réunion matinale suivait les corvées administratives – c’était la récompense de Luke, pour avoir été un bon garçon. Plus de paperasses, plus de rapport à faire, et ainsi, Luke ne se comportait plus en enfoiré.

Il se rendit au bureau, et prit une douche. Se débarrassant de ses vêtements, il passa sous le jet d’eau chaude avec un soupir d’aise. Il laissa l’eau cascader sur son visage et son corps tandis qu’il se détendait, un faible gémissement de béatitude lui échappant.

— Mmm, on dirait que tu prends de l’avance sur moi, chef.

Luke sourit.

— Je ne suis arrivé à rien pour l’instant. Je me disais qu’il était grand temps que mon contremaître me fasse son rapport matinal…

Un corps robuste se glissa derrière lui, tout contre lui.

— Au rapport, monsieur.

C’était son moment préféré de la journée, quand son cow-boy lui faisait part des nouvelles importantes tandis qu’il faisait courir ses doigts le long des abdominaux plats de son amant jusqu’à sa verge déjà durcie. Lui mordillant la peau fine et tendre du cou, il le masturba d’une main ferme.

Luke se prêta au mordillement sensuel en frémissant, tandis que Simon lui faisait un suçon.

— Putain… quelque chose à signaler ? hoqueta Luke alors que, du bout d’un pouce, Simon caressait la petite fente du méat, sur le gland de sa verge.

— Nan.

— Bien, refais-le !

— Quoi ? Ça ?

Cette fois, Simon mordit Luke à l’épaule. Celui-ci hochant frénétiquement la tête, il recommença. Et encore, le marquant dans le dos de façon possessive. Ondulant frénétiquement contre son amant, il l’encourageait à le mordre de plus belle, au mépris du jet d’eau qui lui éclaboussait le visage.

— La clôture externe… tient toujours… debout ? insista-t-il en hoquetant, tandis que Simon lui mordait à belles dents la peau fine et sensible de la hanche.

— Ouais, mais il faudra la remplacer. Elle ne passera pas un hiver de plus.

— On commandera les poteaux et le reste en ville. Touche-moi, ajouta-t-il en le suppliant.

Ce salaud de Simon était à genoux devant lui, mais ignorait le membre tout raide qui bondissait presque en frémissant vers sa bouche.

Simon leva les yeux vers lui, les cheveux plaqués par l’eau encadrant son visage aux grands yeux de braise ; il vibrait de passion. Luke le désirait maintenant.

— Ça reviendrait moins cher de tout commander sur le net. Supplie-moi !

— Je viens juste de le faire, souligna Luke. Tu sais que je préfère soutenir l’économie locale.

Il surprit une lueur de détermination dans le regard de son amant. Oh, merde ! Simon le planterait là s’il ne cédait pas.

— Suce-moi maintenant, s’il te plaît, avant que je perde la tête, putain !

— Ce que tu peux être dominateur, pour un passif…

Simon se pencha et lui agaça le gland d’une langue sensuelle, en quête de son musc si particulier.

— Je suis ton passif, et ne t’avise surtout pas de l’oublier !

Il lui agrippait la tête, tâchant de l’orienter à sa guise, mais Simon ne se laissait pas faire.

Il se releva, sourd à la protestation plaintive de Luke.

— Tu perds ton temps.

Il le fit pivoter et le repoussa contre la paroi carrelée de la cabine. Malgré le jet d’eau chaude, ils avaient encore froid. Luke chercha à changer de position, afin de ménager sa verge vulnérable, pressée contre la cloison.

— On ne bouge plus ! lui ordonna Simon.

Luke s’immobilisa, sachant qu’il avait tout intérêt à obéir. Simon était capable de le planter là si jamais il lui résistait. Il sentit les doigts de Simon s’insinuer entre ses fesses, puis sonder son rectum en le tourmentant sciemment – putain ! – histoire de le préparer à la pénétration. Simon veillait à frôler régulièrement la prostate de Luke, entre deux ou trois caresses.

— Je te hais ! siffla Luke.

— Mais non, lui murmura Simon à l’oreille, d’un ton languissant et amusé.

— Mais si ! Est-ce que tu vas te décider à me baiser, ou vas-tu juste continuer à me doigter, rien que pour t’exercer ?

D’un coup d’œil par-dessus son épaule, il surprit l’expression de son amant.

— Putain !

— Comme tu voudras.

La seconde suivante, Luke poussa un cri perçant : Simon venait de lui plaquer le visage aux carreaux en l’empalant sur son sexe tendu.

— Tu couines comme une fillette, grommela Simon d’une poussée brutale.

Luke grogna à son tour. Les carreaux glacés pressaient contre ses os sous les coups de reins fougueux de son amant.

— Combien de fillettes… tu as connues ?

Former des phrases et des questions cohérentes n’avait rien d’évident, quand on se faisait baiser comme ça. Considérant qu’ils étaient ensemble depuis autant de temps, Luke aurait dû connaître la réponse à cette question.

— Quelques-unes, il y a longtemps…

Simon manquait de souffle.

— Que je te surprenne… avec une femme, et je t’arrache… les couilles ! menaça Luke entre deux halètements.

Et ce n’était pas une menace en l’air. Simon le savait. Son partenaire avait un sale caractère, et il lui avait plus d’une fois fait une vie infernale lorsqu’il avait osé reluquer d’autres hommes. Leur relation était exclusive, ne laissant place à aucun intrus.

— Tu parles trop.

— Alors baise-moi au lieu de… jacasser !

— Boucle-la !

Simon se retira presque entièrement, laissant juste son gland dans le corps de son amant. Qui gémit.

— Plus un bruit !

Luke ouvrit la bouche pour protester… et se ravisa aussitôt.

— Bon garçon.

Le doux ronronnement fit frémir Luke.

Simon lui prit les mains pour les poser à plat contre les carreaux avant de les recouvrir des siennes, plus grandes. Et il le plaqua de plus belle à la paroi. Luke avait maintenant la joue pressée contre les carreaux, dont il sentait la moindre aspérité, la plus petite imperfection. Simon baissa la tête et lui frôla l’oreille de ses lèvres.

— Ne t’avise surtout pas de jouir avant que je te le dise, t’as compris ?

Luke hocha la tête, n’ayant toujours pas la permission de parler – mais l’anticipation était en train de le tuer !

— Je t’aime, chuchota Simon, comme il le faisait chaque matin, lorsque Luke était réduit au silence.

Ne pas pouvoir répondre le rendait dingue – et c’était précisément pour cela que ce salaud le faisait !

Tout ce qu’il autorisait à Luke, c’était de rester debout sous ses poussées frénétiques menant tout droit à l’extase. Et Luke n’était plus en état de se cramponner à quoi que ce soit, d’émettre le moindre son, ou de jouir tant qu’il n’en recevait pas la permission.

Car Luke était peut-être le patron du ranch La Vache Perdue, mais au ‘bureau’, ici, Simon était décidément aux commandes. Putain, ce que Luke adorait le ‘rapport matinal’ !


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