Sunday, 7 February 2016

Coming Soon: Une Foi Aveugle (Complete Faith)

Coming Soon: Une Foi Aveugle (Complete Faith) 

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Out 22nd March

Suite de Un’altra volta
Le Ranch de la Vache Perdue, tome 2

Pour Tommy Bradley, ouvrier sur le Ranch de La Vache Perdue, admettre sa sexualité est impossible, même si ses patrons, Luke et Simon, sont gays. Tommy a passé toute sa vie à cacher la vérité à ses parents homophobes. Puis il rencontre le pasteur Noah Taylor dans la chambre d’hôpital du père de Luke et son secret devient d’autant plus difficile à garder.

Noah est différent de tout homme de Dieu – de n’importe quel homme – que Tommy a rencontré. D’une part, sa congrégation est principalement composée d’individus LGBT et de leurs familles. D’autre part, il n’est pas effrayé par l’attraction qu’il ressent envers Tommy et il est très clair sur ses intentions. Mais Noah refuse de cacher sa sexualité ou son amour au monde entier et de commencer une relation avec Tommy tant que le jeune homme dissimule la sienne. Devant choisir entre perdre Noah ou révéler son homosexualité à ses parents, Tommy fait ses premiers pas hors du placard.

Excerpt:

DÉBLAYER. JETER. Déblayer. Jeter. Tommy lança une nouvelle pelletée de fumier dans la brouette d’une violente torsion puis recommença. L’employé du ranch avait nettoyé l’écurie pendant une heure, mais c’était à se demander s’il avait réellement accompli sa tâche. La douleur dans sa lèvre inférieure lui fit prendre conscience qu’il la rongeait. Elle était à vif, à cause du mâchouillement constant, le goût cuivré dans sa bouche suggérant que cette fois, il l’avait mordue à sang.

La pelletée suivante dévia, éclaboussant son patron qui entrait dans le box. Tommy leva les yeux au grognement pour découvrir Luke, se tenant dans l’encadrement, de la paille et du fumier recouvrant son jean et sa chemise en flanelle, quelques brins épars pris dans le léger chaume de sa mâchoire.

— Mince, patron, je suis vraiment désolé, dit Tommy en regardant Luke se frotter.

— Je pense que tu as besoin de travailler ta visée, répondit Luke d’un ton irrité tout en se débarrassant de ce qui ne ressemblait définitivement pas à de la paille avec un regard de dégoût.

Avant que Tommy ne puisse répondre, le compagnon de Luke, et contremaître du ranch de La Vache Perdue, Simon, apparut à la porte, son grand corps bloquant la lumière.

— Luke, j’y vais. Je te vois plus tard.

Il s’arrêta en apercevant son partenaire couvert de crottin de cheval.

— Tu t’es roulé dans le foin sans moi ?

— C’est de ma faute, dit Tommy d’un air coupable. Je ne savais pas que le patron était là.

— De toute évidence, répondit ironiquement Luke. As-tu bientôt terminé ? Je venais voir si tu voulais aller chez Noah. Mama a une réunion à l’église et elle propose de t’emmener.

Tommy sentit son visage chauffer devant les regards entendus de ses patrons.

— Non merci, répondit-il d’un ton bref, retournant pelleter le fumier, faisant plus attention cette fois à l’endroit où il atterrissait.

— Tout va bien, Tommy ? demanda Simon, préoccupé.

— Très bien, marmonna-t-il sans lever les yeux. Je veux juste finir mes corvées.

Il savait qu’il était à présent de la couleur d’une tomate mûre. Maudissant ses cheveux roux et le fait qu’il rougisse si facilement, il garda ses yeux fermement braqués sur le sol crasseux. Il aimerait seulement que ce soit plus simple.

Noah était… Noah était incroyable. Le pasteur de St. Mark était un rêve éveillé aux yeux de Tommy : une peau chocolat soyeuse qui le fascinait, de grands yeux sombres qui semblaient connaitre tout ce qu’il y avait à savoir de lui. Bon sang, le seul autre homme par qui il avait jamais été attiré était Luke et c’était un fantasme qui ne se réaliserait jamais. Il l’avait connu toute sa vie, Luke avait été l’objet de toutes ses masturbations pendant des années, jusqu’à l’arrivée de Noah, mais son ami n’avait pas une seule fois remarqué son béguin. Souffrant d’une jalousie féroce, Tommy saisit si fort la poignée de la pelle que ses jointures blanchirent.

— Tommy ?

La large main sur son épaule le fit sursauter.

— Tu sais que tu peux nous parler si tu as un problème.

Il leva les yeux vers Simon, dont l’expression correspondait à sa voix douce.

— Je le sais, marmonna-t-il. J’ai seulement du travail à faire.

— OK Tommy. Souviens-toi juste que nous sommes là si tu en as besoin.

Simon pressa son épaule et fit un signe à Luke, qui enlevait un peu plus de fumier en grimaçant.

— Très bien, alors. Je ferais mieux de me changer avant que Mama se plaigne de l’odeur.

— Désolé patron, s’excusa de nouveau Tommy.

Luke écarta ses excuses d’un geste de la main.

— Ne t’inquiète pas. Je te gênais dans ton travail. Allez, Sim. Je dois emmener Mama à St Mark avant d’aller rendre visite à papa.

Le père de Luke était à l’hôpital à la suite d’une crise cardiaque, mais il n’était plus dans un état critique et pour la première fois depuis des semaines, un membre de sa famille n’était pas assis en permanence à son chevet. Après un accident de voiture, Mama Murray avait du mal à conduire en dépit d’une intense rééducation physique et l’un des garçons de La Vache Perdue lui servait de chauffeur dès que possible.

Tommy regarda Simon déposer un baiser sur les lèvres de Luke, évitant la saleté sur son visage. Ils se sourirent et s’éloignèrent, leurs épaules et leurs hanches se frôlant. Il lui était difficile de haïr Simon pour avoir celui qu’il voulait. Luke était éperdument amoureux de Simon. Que Dieu vienne en aide à quiconque essayait de se mettre entre eux. Soupirant, Tommy retourna nettoyer les boxes, tentant de ne penser ni à Luke ni à Noah, deux hommes tellement différents, mais à la fois magnifiques et totalement indisponibles.

L’église était un sujet épineux. Ses parents avaient insisté pour qu’il s’y rende chaque dimanche matin, à moins qu’il y ait une crise à La Vache Perdue. À son grand étonnement, sa dévote mère avait migré à l’église St Mark sans explication, ce qui signifiait voir Noah chaque dimanche, regarder le jeune pasteur parler d’amour et de pardon, d’ouverture d’esprit et de compréhension. Le pasteur était un sodomite totalement ouvert sur sa sexualité. Tommy savait que la moitié de la congrégation était des gens qui n’étaient pas les bienvenus ailleurs ; gays, jeunes mères célibataires et maintenant, l’ensemble du ranch de La Vache Perdue, qui augmentait les chiffres chaque dimanche très heureux d’avoir un lieu de culte. Ses parents n’étaient pas des plus tolérants et Tommy ne comprenait pas pourquoi ils venaient à l’église de Noah au lieu d’être restés avec ce bigot de Pasteur Jackson. Tommy ne jurait jamais – être élevé à coup de cuillère en bois sur les doigts à chaque juron lui avait appris à modérer son langage –, mais quand il songeait aux problèmes que les Jackson avaient causés à Luke et Simon, il se serait lui-même enflé les doigts pour la tempête qu’il soulevait.

Alors pourquoi évitait-il Noah ? Mâchouillant à nouveau sa lèvre inférieure maltraitée, Tommy remplit le box de Lulu de foin frais et d’eau. Il était peut-être inexpérimenté, mais il savait que Noah était attiré par lui. Chaque fois que le pasteur voyait le visage de Tommy dans la congrégation, ses yeux s’illuminaient ; leur chaleur quand ils se posaient sur lui devenait un peu plus intense. Pour sa part, Tommy sentait ses joues rougir chaque fois qu’il le surprenait à le regarder. Mais Noah était gay et Tommy était hétéro, du moins, pour ses parents et le reste du monde. Il n’avait été complètement honnête sur ses sentiments envers les autres hommes qu’avec une seule personne. Effrayé et frustré d’avoir à cacher sa sexualité, et ayant besoin de parler à quelqu’un, il s’était confié à Luke quand il avait débuté au ranch. Son patron avait gardé son secret pendant cinq ans, admettant seulement en avoir parlé à Simon quand Tommy lui avait dit un jour qu’il désirait partir. Cependant, il pouvait leur faire confiance. Ils étaient discrets et aucun des autres employés du ranch ne suspectait qu’il était autre chose que timide. Tommy voulait traverser l’État, trouver un endroit où il pourrait rencontrer d’autres hommes, loin de l’attitude désapprobatrice de ses parents. Pourtant, à présent, ils allaient volontairement dans une église peuplée d’homosexuels et autres déchus, et il était l’objet de l’attention de l’homme le plus magnifique de la Terre. Le monde avait dévié de son axe et Tommy glissait du bord.

Il commença le box de James, conscient que dans son interminable monologue intérieur, il avait éludé la question. Pourquoi évitait-il Noah ? C’était simple. Il était mort de trouille. Et vierge. À vingt-trois ans, il n’avait jamais été embrassé. Il avait espéré partir dans une université loin de la maison et y faire les quatre-cents coups, mais ses parents avaient clairement fait savoir qu’il n’y avait pas l’argent et s’attendaient à ce qu’il commence à travailler dans un ranch dès qu’il aurait quitté le lycée. Tommy n’était pas un étudiant remarquable ou un sportif, il n’y avait aucune bourse pour les gens comme lui, alors il n’eut d’autre choix que de se soumettre à la volonté de ses parents. Ils n’avaient pas été contents quand il avait débuté à La Vache Perdue, mais en tant qu’amis de longue date de Greg et Pamela, ils faisaient attention à ne pas exprimer leurs protestations devant la mère de Luke.

Il y eut du bruit à l’extérieur et il s’arrêta, ne voulant pas recouvrir une autre personne de fumier. Tommy leva les yeux et vit Luke revenir, une ride prononcée entre les sourcils.

— Quelque chose ne va pas, patron ? demanda-t-il.

— Je dois aller sur le pâturage arrière. Chuck veut que je voie certaines plantes qu’il a trouvées. Peux-tu emmener Mama à l’église ? Jake peut te remplacer ici.

Il allait voir Noah ! Se maudissant de la façon dont son cœur bondit dans sa poitrine, Tommy murmura :

— Bien sûr. Donne-moi dix minutes pour me doucher et me changer. Dis à Mama que je serai là dans une demi-heure.

— D’accord, acquiesça Luke. Et Tommy…

Tommy leva les yeux pour découvrir un sourire espiègle sur le visage de Luke.

— Détends-toi, OK. Il t’apprécie. Tu l’apprécies. Ne te tracasse pas pour ça.

Sachant que son visage était d’un rouge betterave, Tommy souhaita pouvoir sauter dans le foin et se cacher, loin de ces yeux trop complices. Luke n’allait jamais laisser tomber.

— Ce n’est pas si simple.

Les yeux verts de Luke devinrent amicaux.

— Si, ça l’est, Tommy. Noah ne te fera pas de mal. Il n’est pas ce genre d’homme.

— Mais mes parents…, commença Tommy, serrant toujours la pelle devant lui.

Combien de fois avait-il défendu sa place dans le placard avec ces trois mots ?

— Je ne dis pas que ce sera facile, mais tes parents ne peuvent pas vivre ta vie à ta place. Ils viennent à l’église de Noah en sachant qu’il est gay. Vois comment ils gèrent ton amitié avec lui d’abord, conseilla Luke en lui souriant. Maintenant, vas-y, ou Mama me rossera les fesses. Tu sais comment elle est quand il y a un après-midi cartes.

Surpris, Tommy manqua de faire tomber la pelle.

— Ta mère joue aux cartes ? Je pensais qu’elle rencontrait les dames.

— C’est vrai. Sauf que ces femmes ont une manière très intéressante d’étudier la bible. Mais ne lui dis pas que je te l’ai dit, l’avertit Luke.

Il y eut des bruits de pas à l’extérieur et Jake apparut, un sourire sur son visage.

— Prêt à y aller, Tommy ?

— Bien sûr. Je n’ai fini que Lulu. Je n’arrête pas d’être interrompu.

Il adressa un regard à Luke, qui se mit à rire et lui donna une tape sur le dos.

— Dis bonjour au pasteur. Liz et moi irons dimanche. C’est son jour de repos.

Jake et sa femme vivaient en dehors du ranch et allaient à l’église autant que ses tours de garde à l’hôpital local le permettaient.

Tommy ne put empêcher le rougissement de ses joues à l’idée de parler à Noah.

— Je lui dirai, marmonna-t-il en passant devant les deux hommes.

— Je vais appeler Mama. Ne prends pas trop de temps à te faire beau.

Trébuchant sur ses pieds, Tommy faillit se retourner horrifié par le sous-entendu évident de Luke, mais il entendit Jake lui dire :

— Tu es sûr que tu veux l’envoyer là-bas ? C’est une cible pour toutes ces femmes.

— Pourquoi crois-tu que je ne veuille pas y aller ? rétorqua Luke et ils éclatèrent de rire.

Leur adressant un doigt d’honneur, il se dirigea vers le dortoir. Il était vide et après avoir récupéré un jean propre et une chemise, il se rendit à la salle de bain. Peu importe ce qui se passait, il ne pouvait pas y aller puant le crottin de cheval. La mère de Luke n’approuverait pas.

St. Mark était à environ une heure du ranch et Pamela passa la majeure partie du trajet à tenir son bras blessé contre son corps, de fines rides de douleurs gravées autour de sa bouche. Elle ne semblait pas vouloir discuter. Trop occupée à s’inquiéter pour son mari, imagina Tommy. Le parking était plein aux deux tiers quand ils arrivèrent. Alors qu’il garait le pick-up, il jeta un regard à Pamela.

— Voulez-vous que je revienne vous chercher plus tard, Mama ?

Elle lui adressa un froncement de sourcils.

— Luke a dit que tu restais. Je pense que Noah est impatient d’avoir un peu de compagnie masculine. Il s’en sert comme excuse pour prétendre qu’il ne sait pas qu’une partie de poker se déroule.

La mâchoire de Tommy chuta. Les dames de l’église jouaient au poker ?

— S’il vous plaît, dites-moi que ma mère n’en fait pas partie.

Pamela ricana en tendant la main vers la poignée de la portière.

— Elle est l’une des meilleures joueuses que nous ayons. Cette femme est un requin aux cartes. Les autres disent que nous avons amassé plus d’argent depuis qu’elle est arrivée qu’en plus de six mois.

Tommy se sentit un peu étourdi.

— Mais elle ne vient que depuis trois semaines.

— Oui, dit Pamela d’un air grave. Comme je le disais, un requin aux cartes.

Elle jeta un regard à son visage.

— N’aie pas l’air si choqué, fiston. C’est comme du point de croix, mais avec des cartes.

— Mais vous pariez dans la maison de Dieu, dit-il faiblement.

— Avec des billets de Monopoly, le rassura-t-elle. Puis nous nous mettons d’accord pour le convertir en donation pour réparer le toit de l’église. Tout est rigoureusement contrôlé. Les hommes n’aiment pas trop qu’on dépense l’argent réservé à la bière.

Incrédule, Tommy secoua la tête. Il contourna le pick-up afin de l’aider à sortir et attendit qu’elle retrouve son équilibre. Elle lui fit un sourire rayonnant, les rides de son visage se détendant alors qu’ils se dirigeaient vers la porte latérale de l’église.

— C’est beaucoup plus amusant que de piquer une aiguille dans un vieux tissu abîmé. J’aurais aimé trouver cette église il y a des années.

— Pas étonnant que ma mère aime autant venir ici, songea-t-il, plus pour lui-même que pour Pamela. Elle a toujours détesté les ateliers de couture et de cuisine.

— Les parents surprennent toujours leurs enfants, déclara sagement Pamela. Maintenant, laisse-moi trouver ces dames et tu pourras tenir compagnie au pasteur.

Tommy lança un regard à Pamela, mais elle avançait déjà. Cependant, il n’était pas dupe. Jamais rien n’échappait à cette femme. Lui ouvrant la porte, il la suivit tandis qu’elle entrait dans la pièce où une demi-douzaine de femmes était déjà autour de la table, sa mère parmi elles. Tommy sourit à la vue des billets de Monopoly. Evelyn aperçut son fils et baissa la tête en rougissant violemment. Ses lèvres se plissèrent. C’était la première fois de mémoire d’homme qu’il voyait sa mère embarrassée. Surprise prête à parier dans une église. Evelyn n’allait jamais surmonter cela.

— Tommy ?

Une main posée sur son épaule le fit sursauter. Tommy eut une conscience aiguë de l’eau de cologne épicée de Noah et de son corps chaud contre son dos. Il se figea comme un lapin effrayé, pris entre l’objet de ses fantasmes et sa mère. Le seul petit réconfort fut que sa mère semblait encore plus mal à l’aise que lui avec les yeux du pasteur posés sur elle.

Pamela se tourna pour regarder le pasteur par-dessus l’épaule de Tommy.

— Bonjour, Noah, dit-elle gaiement. Nous sommes sur le point de commencer le point de croix alors si vous voulez vous échapper maintenant…

Il soupira, son souffle chatouillant l’oreille de Tommy.

— Je ne sais pas ce qui est le pire. Le fait que vous jouiez ou que vous me mentiez éhontément, Mama.

— Pasteur Taylor, comment pouvez-vous dire une chose pareille ? s’exclama-t-elle dans une moue indignée. Maintenant oust. Emmenez ce joli garçon et allez parler de choses d’hommes tandis que ces gentilles dames et moi allons parler… de choses que vous n’avez pas besoin d’entendre.

— Viens Tommy.

La main de Noah glissa sur sa taille pour l’éloigner.

— Sauvons-nous avant qu’elles nous corrompent encore plus.

— Chut maintenant, dit Pamela en souriant et les poussant pratiquement hors de la pièce. Je vous vois plus tard. Amusez-vous bien les garçons.

Maintenant, ça allait trop loin devant sa mère. Il se retourna pour lui jeter un regard noir, mais elle lui ferma la porte au nez. Quand il se tourna, Noah lui souriait.

— Je ne m’attendais pas à te voir aujourd’hui, dit-il en faisant signe à Tommy d’avancer dans le couloir, le conduisant dans une petite cuisine. Veux-tu un thé ou un soda ?

— Euh… un soda, ça ira, bafouilla Tommy.

Bon Dieu ! Il présenta des excuses silencieuses aux cieux pour l’utilisation du nom du Seigneur. Il allait vraiment devoir se préparer mentalement à être près de cet homme.

Noah ouvrit la porte du réfrigérateur et inspecta le contenu.

— Je peux t’offrir un soda ou un Dr Pepper, informa-t-il.

— Un soda, s’il te plaît.

Tommy tendit la main vers la canette, réprimant un frisson quand leurs doigts se frôlèrent doucement et il s’assit à la table de cuisine. C’était une petite pièce blanche, n’accueillant qu’une table et des chaises. Des tasses et des soucoupes étaient disposées sur un plateau, vraisemblablement prêtes pour le moment où ces dames auraient fini de ‘piquer’. C’était beaucoup plus facile d’y penser comme ça. L’idée de sa mère en train de parier était juste trop.

— Comment va Greg ? demanda Noah. Je ne suis pas allé le voir depuis quelques jours. Il semblait aller bien la dernière fois que je l’ai vu.

— Le patron va très bien.

Tommy sourit à la pensée du père de Luke la dernière fois qu’il l’avait vu. Il avait longtemps été dans un état critique, mais contre toute attente, Greg Murray commençait à remonter la pente, bien qu’il ne soit pas encore assez stable pour le triple pontage.

— Et Luke et Simon ? Comment vont-ils ? s’enquit Noah.

Tommy fronça légèrement les sourcils. Noah savait comment ils allaient, les ayant vus il y a quelques jours.

— Ils vont bien et Chuck aussi, dit-il sèchement. Veux-tu des nouvelles des chevaux ?

Noah lui adressa un regard surpris puis eut un rire triste.

— Ils étaient probablement les prochains sur ma liste, admit-il, l’air embarrassé.

— Je n’aurais jamais pensé que tu avais des problèmes pour trouver un sujet de conversation, dit Tommy avec un sourire narquois.

— Je ne pense pas que nous ayons eu une conversation seuls auparavant, lui fit remarquer Noah, ses doigts essuyant inconsciemment les gouttes de condensation sur la canette de soda.

Incapable de détourner les yeux des longs doigts de Noah caressant la canette, Tommy se lécha les lèvres.

— Ne fais pas ça !

Tommy leva le regard.

— Quoi ? demanda-t-il, confus.

Les yeux sombres de Noah étaient fixés sur sa bouche.

— Ne te lèche pas les lèvres comme ça. C’est distrayant.

— Je n’ai pas… Je…

Tommy s’arrêta, incapable de terminer sa phrase, se léchant à nouveau nerveusement les lèvres.

Noah émit un bruit sourd du fond de sa gorge.

— Tommy Bradley, tu es un allumeur.

— Ce n’est pas ce que je veux, répondit honnêtement Tommy, déconcerté par la réaction de Noah.

— Je le sais, et c’est ce qui te rend si séduisant.

Tommy fut choqué quand Noah se pencha et couvrit sa main de la sienne. Il tenta de l’enlever. Et si sa mère les voyait se tenir la main, si n’importe qui les voyait ? Noah refusa de la laisser partir.

— M’apprécies-tu ? demanda sans ménagements le pasteur.

— Je… euh… tu es… mon pasteur, répondit faiblement Tommy.

Cela provoqua des yeux au ciel.

— Écoute, commença Noah. Je ne vais pas te mentir. Je suis attiré par toi, Tommy. Et je sais que je t’attire.

Tommy jeta un œil à la porte de la cuisine, tirant pour récupérer sa main. Et si quelqu’un entrait ?

Noah lui lança un regard compréhensif et relâcha sa main.

— Je sais que tu n’es pas sorti du placard, dit-il plus calmement. Luke le sait, n’est-ce pas ?

— Et Simon maintenant, ajouta Tommy en déglutissant péniblement. C’est tout. Comment as-tu su que j’étais… ?

Il s’interrompit, ne voulant même pas dire le mot ici. Il était aveuglé par Noah qui le déshabillait du regard.

— Mon gaydar ne se trompe jamais.

La confiance de Noah était agaçante. Tommy fut tenté de lui dire qu’il était hétéro juste pour exploser sa bulle de suffisance.

— Mes parents…, murmura Tommy, résistant à l’envie de faire sortir sa langue.

— Ne savent pas, acquiesça Noah. Je sais.

— Ils pensent que je suis hétéro. Je veux m’éloigner, trouver un endroit où je pourrais…

Il laissa sa phrase en suspens.

— Être toi-même ? suggéra Noah, ses yeux doux posés sur son visage.

— Ils me rejetteront s’ils le découvrent.

— As-tu déjà eu une relation avec un homme, Tommy ?

Celui-ci secoua la tête.

— Je n’ai même jamais embrassé un homme ni personne du reste.

Noah parut surpris.

— Personne ?

— Je n’en ai pas eu l’opportunité. Je ne me suis révélé nulle part et je ne connais aucun gay excepté Luke et Simon et ce n’est pas comme si… eh bien, ils sont totalement exclusifs.

— Oui, ils le sont. Je n’ai jamais rencontré un couple aussi uni. Tu connais quelques gays de plus maintenant que tu viens dans mon église.

— Tout comme mes parents, dit Tommy en haussant les épaules. Je n’aurais jamais pensé voir cela un jour. Pourquoi viennent-ils ici ?

Secouant la tête, Noah répondit :

— Tu sais que je ne peux pas te le dire.

Ses yeux s’adoucirent.

— Mais je peux te dire que tu devrais essayer de leur parler.

Tommy le fixa avec incrédulité.

— As-tu essayé de parler avec ma mère ? Elle a applaudi quand le pasteur Tony a dit que tous les pédés devaient brûler en enfer.

— Applaudi ?

Au haussement de sourcils de Noah, Tommy se tortilla.

— Bon, elle était d’accord.

— Parle-leur, Tommy. Ils se sentent vraiment mal de ce qui est arrivé à Greg et Pamela.

— Mais pas à Luke et Simon, lui fit remarquer Tommy.

Noah laissa échapper un soupir.

— Je pense que les gens ont besoin de temps. Tu ne peux pas t’attendre à ce qu’ils changent du jour au lendemain.

— Je n’attends rien des gens d’ici. Plus maintenant.

Tommy ne put contenir l’amertume dans sa voix. En ce qui le concernait, il lui tardait de tourner le dos à sa maison d’enfance. Il n’avait eu que de bons moments à La Vache Perdue, mis à part la frustration de ses sentiments pour Luke, mais il ne donnerait même pas l’heure aux gens de la ville.

— C’était une période difficile, convint Noah.

Tommy dut ravaler ses paroles acerbes. Noah n’avait aucune idée de ce dont il parlait. Puis il le regarda, le regarda vraiment, et vit la compréhension dans ses yeux. Noah était un homme gay, noir et fier de l’être, vivant au Texas.

— Était-ce mauvais ? demanda-t-il maladroitement.

— Assez horrible, acquiesça facilement Noah, nullement dérangé par la question.

Tommy ouvrit et referma la bouche, ne sachant pas vraiment quoi dire.

— Peut-être te le raconterai-je un jour, dit Noah en tapotant sa main. Veux-tu un autre verre ? J’ai quelques biscuits aussi.

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